5. Mardi

Mardi ! Le jour de la semaine où je vais vérifier le courrier ! Je descendis le chemin de La cime, ouvris la boîte à lettres. Une toile d’araignée était tissée, des cocons flottaient dedans. J’ôtai les courriers sans déranger la quiétude. Une facture, une autre facture, une lettre de mon éditeur, un courrier de La vie des idées… Je les jetai sur la table du salon, pris ma veste, les clés du véhicule, et partis en direction du village, faire mes courses hebdomadaires. C’est un réel plaisir que de me rendre à Barasque ! Y faire le marché, m’asseoir au café, discuter avec les uns, les autres, déjeuner dans un troquet, flâner par ses rues… Oui, c’est pour moi une manière heureuse de ressourcer mon silence. Je rangeais les provisions et m’affalais dans le canapé. J’ouvris le premier courrier, celui de mon éditeur. Il m’informait, avec ses sincères salutations, du versement annuel de mes droits d’auteur. Je convertis leur montant dans le seul indicateur de vie que j’avais bâti, l’indicateur d’horizon. Je me mis à loucher. Je décachetai l’enveloppe de La vie des idées. La lettre était manuscrite, signée d’une journaliste, deux feuillets d’une écriture lisible, très appuyée, d’arguments minutieusement articulés, justifiant une « rencontre heureuse en vue de dresser un portrait intime de l’écrivain Jacques Dessin ». Les boucles de ces lettres me faisaient l’effet de lassos dont je sentais les nœuds coulissants en passant le doigt derrière le papier... Je posai les feuillets loin devant moi sur la table pour vérifier une impression. Mais elle se dénoua. J’avais maintenant le sentiment de voir des vaguelettes. Je me mis à entendre l’océan. Cela m’apaisa.
Je rangeai les courriers et ces factures dans une boîte à chaussures, et, après un déjeuner léger, je m’installai plein d'entrain devant ma table de travail, ouvrant ma pièce de théâtre. J’entrai dedans, en sortis un instant, au deuxième moment me rendis compte que le soleil déclinait. Je posai le stylo et m’étirais. C’est tout pour aujourd’hui ! À table ! Quelques pommes de terre avec des poivrons et des oignons grillés, un vacherin, un verre de rouge. J’allais digérer sous les étoiles. Je me trouvais bientôt parmi les étoiles. Puis j’allai faire couler un bain, déposant un petit pot de raisins secs sur le bord de baignoire. Je plongeai dans la mousse avec un recueil de haïkus, du poète Masaoka Shiki. L’instant parfait. J'ouvris la fenêtre dans la chambre et glissai sous les draps mon corps nu et parfumé. La nuit sacrée. J’écoutais. Quel animal furetait dans mon potager ? Je lui souhaitai bonne nuit et sombrai.

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