« Puis-je savoir ce que vous faites là ?
— Je fais mon travail, je classe.
— Non, ce que vous faites là ! dans mon rêve !
Mister Jones leva des yeux ronds : — Ah bon, nous sommes dans un rêve ? J’en apprends tous les jours, lança-t-il presque rieur.
— Je suis sûr que vous me cachez quelque chose.
— Ah non ! Certainement pas ! » Son coup d’œil en coin, et, j’en suis sûr, son sourire narquois, ne firent qu’accroître ma suspicion. Une colère sourde me montait à la tête. « Laissez-moi tranquille, reprit l’homme en se râclant la gorge, j’ai un tel travail. » Et, se replongeant dans ses pages, il se mit à les tourner, et tourna ses talons.
Je le poussai violemment.
« Je dois vous le dire comment, hein ? Vous êtes dans mon rêve Mister Jones ! Dans un rêve ! »
Il me jeta une grimace, une limace de sale gosse, de vrai sale gosse. Ce genre de sales gosses qui ayant fait une bêtise vous désigne du doigt et rigole de vous voir gifler. J’attrapais son bras. Il fut pris d’une sorte de terreur, d’une terreur jouée par un mauvais comédien, et s’agenouilla à mes pieds en m’implorant tout goguenard : « Pitié ! O Pitié. »
Ma colère explosa. Je lui serrai le bras jusqu’à vouloir l’écraser, ou le rompre, mais bientôt il me fit l’effet d’avoir dans la main un bâton de guimauve tant son bras était devenu mol. Les traits de son visage se déformaient, me communiquèrent une véritable terreur. Trois coups résonnèrent. Au premier coup, les lampes dans le couloir se mirent à vaciller. Au second, elles s’éteignirent l'une après l'autre tandis que le corps de Mister Jones s’était mis à fondre dans ses vêtements. Ma main me brûlait, je lâchai prise. Au dernier coup, le rêve plongea dans les ténèbres. On entendit comme une porte s’ouvrir. Des pas lourds frappèrent, un souffle s'approchait. Le souffle d'une respiration. Je me mis à courir, les bras tendus, sur les côtés, autour moi, cherchant un couloir, une issue, un autre couloir, tentant d'échapper à cette présence. Elle me suivait. Je me remis à courir, le plus vite, mais plus je courrais, plus il me semblait que mon corps rapetissait ou que les armoires devenaient géantes. J’ouvris un casier, me cachai au fond sans faire de bruit. J’écoutai l'obscurité. La présence était juste là. On entendait respirer. Un casier s’ouvrit. Le grand silence. Et la respiration à nouveau. Un autre casier s'ouvrit. J’étais sûr, j'étais sûr qu’elle était là, près de moi, devant moi, qu’elle m’observait malgré les ténèbres. Je voulus hurler. Je voulais crier. Juste avant qu’elle me touche, je poussai un cri. Je poussai un cri en me dressant dans la nuit. Un hululement me fit grimacer. La fenêtre de ma chambre était ouverte, j’étais dans mon lit. Je soufflai un bon coup... Quel sale rêve! J’allumai la lumière, tombai du lit à la vue d'un trou dans le mur. Je tournai la tête, ne trouvai pas d’air pour émettre un son. Mister Jones se tenait dans l’encadrement de la porte.
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